Yannic Bartolozzi

There is a strong activity just above us

Tout commence en février 2015, au nord de la Norvège, au Centre Spatial d’Andoya. Nous attendons depuis presque deux semaines que l’heure « H » vienne pour envoyer la fusée « ICI-4 » dans une aurore boréale. Mais la météo est mauvaise. Le ciel est couvert et un vent glacial souffle en permanence sur un paysage gelé. La tension est palpable dans la salle de contrôle car il ne reste que quelques jours avant la fin de la fenêtre de lancement!

Le PI et ses six savants de l’Université d’Oslo ont l’œil figé sur leurs écrans qui affichent la présence d’une puissante activité magnétique, juste au dessus de nous. La tension monte, et soudain, après plusieurs heures d’attente, le ciel se dégage, le vent se calme et la fusée de douze mètres se lève doucement en position verticale. Des hauts parleurs hurlent des informations d’azimut et d’élévation dans toute la base. Le compte à rebours est placé à 10 minutes, et c’est là que j’entre en action, car je suis le scientifique de l’image. Je prends mon appareil, ma veste, je sors du bâtiment et saute dans ma voiture de location. Je roule pour rejoindre mon point de vue situé à 5 kilomètres du site de lancement. Dans le froid, je place mon trépied, ma chambre, mon objectif, je fais la mise au point, je règle mon diaphragme, je charge mes films, je déclenche et j’attends.. J’attends 30min… Puis 1h…

Et la fusée décolle vers l’espace!

De retour à la base, le PI m’accueille avec du champagne. La tension s’est transformée en une incroyable euphorie! L’expérience est une véritable réussite!

Pour moi, ce projet n’est qu’un début, car je suis déjà contaminé par le même virus que ces scientifiques; celui de vouloir mieux comprendre le monde qui nous entoure. Mon regard est probablement plus romantique que le leur, mais j’ai le sentiment que nous partageons la même passion pour ce que nous faisons, et nous sommes tous des adultes qui avons conservé notre esprit d’enfant.

Au fil des mois et des années qui se sont écoulés depuis cette première expérience, j’ai créé des liens avec cette communauté de chercheurs, et ces relations m’ont permis d’accéder à d’autres expériences similaires, dans d’autres régions de l’Arctique, comme au Svalbard et en Alaska. A titre d’exemple, en Europe et aux États-Unis, il existe des sites capables de recréer des aurores boréales artificielles. Et en Alaska, ils envoient plusieurs fusées a quelques secondes d’intervalles qui vont créer un nuage artificiel au cœur des aurores afin d’étudier son déplacement dans le champ magnétique. Ils utilisent également des lasers, des satellites, des ondes radio et des observatoires pour compléter ces expériences.

Et moi, dans tout ça, j’utilise la photographie pour suivre naïvement ces expérimentations qui tentent de percer le mystère d’un phénomène qui nous dépasse, si mystérieux, éphémère et impalpable qu’il soit. Avec mon appareil, je ne capte pas des instantanés, mais des moments. Dans mes paysages, il se passe toujours quelque chose: le lancement d’un ballon météo ou d’une fusée. Et dans mes portraits, le scientifique se retrouve souvent seul et absorbé dans sa tâche, parfois dans un décors qui, malgré le sérieux de la situation, peu faire penser à quelque chose d’enfantin. Ensuite, je me sert des images dé-contextualisées pour tenter de recréer un univers qui évoque le fantasme de la découverte, l’exploration scientifique, l’Arctique. Et au travers de cette démarche, je questionne sur ce qui pousse l’homme à repousser sans arrêt les frontières de son horizon? À vouloir être le premier? À laisser une trace dans un espace vierge? À jouer avec la nature? Ou encore à reproduire ses phénomènes? Et tout cela me fascine.

Notes de fin

1. Il s’agit d’un projet scientifique international qui réuni la Norvège, l’Allemagne, le Japon, le Canada et la France, dont la mission principale est de comprendre pourquoi les activités magnétiques perturbent les informations GPS qui sont transmises par satellites vers la Terre.

2. Le PI est l’investigateur principal de la mission. Le scientifique responsable de la mission.

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