Yannic Bartolozzi

Le Visiteur

 

On se promène à la surface, insouciant. Les aiguilles de sapins craquent sous les pas. L’harmonie d’une courbe semble se faire lascive dans sa fourrure de mousse. Elle invite à la rêverie. C’est pourtant précisément ici, que le Jura cache son secret sous une couverture au motif de forêts et de prairies.

Masquée dans un bosquet de sapins, une anfractuosité comme une déchirure qui aurait dû rester confidentielle. Sous les plis et les replis, une plaie jamais cicatrisée: les glacières.

La descente à l’intérieur de l’une d’elles donne l’impression de violer le silence des ténèbres, d’être avalé par la Déesse Terre pour ne plus jamais être rendu à la vie.
Ne pensez pas qu’elles soient simplement sombres, humides et lugubres. Il y flotte aussi quelque chose de vivant, de l’organique figé par le temps et ralentit par le froid. L’intérieur dévoile des sculptures en lents mouvements. Patience! On explore en rampant quelques passages étroits comme des boyaux. Ici, la terre garde dans ses intestins la mémoire des hivers passés et le désir du suivant. Une beauté distante qui fascine et inquiète.

Visitant ces chambres froides, Yannic Bartolozzi tente de nous faire croire qu’on peut ressortir indemne d’une visite dans cette antichambre. Univers dramatique et fantastique, ivresse de la mort qui se donne à la lumière. Et se laisse fixer par elle.

 

Texte: Gabriel Bender