Yannic Bartolozzi

Toblerones

 

Le Toblerone, célèbre chocolat en forme de pyramide, est aussi le surnom romand donné à un type spécifique de barrage antichars utilisé durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de blocs de béton armé de quatorze tonnes, généralement coulés sur place et disposés stratégiquement en ligne, parfois sur plusieurs kilomètres d’affilées. Leur but étant de créer un obstacle de terrain capable de freiner l’avancée de l’envahisseur.

Longtemps entretenus et n’ayant jamais servis, ces blocs sont en excellent état de conservation, et pour des raisons souvent autres que le coût élevé des travaux de démantèlement – raisons esthétiques, historiques, écologiques, touristiques – l’intégration est généralement préférée à leur destruction.

Paradoxalement, bien que parfaitement obsolètes, ces blocs sont ancrés dans le paysage et dans la culture suisse, à tel point qu’ils font désormais partie de notre quotidien. En effet, ces vestiges de guerres traversent des types variés de territoires : forêts, lacs, zones d’habitations, jardins privés. Parfois même, certaines communes et quelques passionnés les rachètent et leur trouvent de nouvelles affectations étonnantes : cabanes à outils, haies de délimitations, monuments classés au patrimoine historique, éléments propices au développement de la biodiversité. En somme, malgré leur aspect désuet leur présence résonne, au point qu’une deuxième chance, une deuxième vie leur est offerte.

Dans ce travail, je m’intéresse à l’évolution du paysage et de la culture suisse autour de ces monuments figés qui n’évoluent plus depuis leurs constructions. Je me sers du médium photographique pour extraire ces vestiges du passé et les confronter au présent, afin de créer une tension temporelle qui met en valeur l’intégration de ces blocs dans notre quotidien. Cette recherche m’a également permis d’évaluer dans quelle mesure l’attachement aux vestiges du passé est important pour les habitants qui les côtoient, car ce sont des liens directs avec l’histoire locale.